Alcântara Machado écrit à Drummond

Quelques jours après la parution de la critique de Brás, etc. par Carlos Drummond de Andrade, l’auteur écrivait à celui-ci une lettre fort significative, qui éclaire on ne peut mieux ses intentions littéraires et le concept central de son recueil de nouvelles. Révélation.


– 7 avril [1927] –


Je serre joyeusement entre les miennes, Carlos Drummond de Andrade, la main forte et jeune que tu me tends depuis Belo Horizonte. Nous autres enfants du Brésil nous devons nous donner la main et former ainsi la ronde de la rénovation. Et tourner, tourner, tourner. En chantant et en sautant.

Ce que tu dis de mon Brás, Bexiga et Barra Funda m’a non seulement ému : cela m’a surtout intéressé.

Le passage sur le livre, le journal et le cinéma est des plus justes.

Même si tu ne veux pas le faire, je vais en expliquer l’originalité. Et je vais l’expliquer très facilement à partir d’une observation tienne : Drummond, je suis l’ennemi de la littérature. Tu comprends maintenant ? Je ne veux pas écrire des livres, je ne veux pas faire de littérature. Cela posé je donne à ce que j’écris une apparence non livresque, non littéraire.

Tu dis que j’ai voulu tuer la littérature. Tu as deviné. C’est bien ça. Tu ajoutes que je l’ai tuée. Et de cela je te remercie.

Écris-moi à chaque fois que tu peux. Je tiens à discuter souvent avec un type qui a ta force.

Mon accolade te dira que je t’apprécie déjà beaucoup.

António de Alcântara Machado


(Source du fac-similé : João Condé, «Arquivos implacáveis/Carta em manuscrito»,

O Cruzeiro, Rio de Janeiro, n°7, 28 novembre 1953.)

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antoine.chareyre@loncledamerique.com

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