L’oncle d’Amérique traducteur-éditeur, comme son nom l’indique, n’est pas à proprement parler une maison d’édition, quoique ses activités l’y apparentent en tous points ou presque, mais un modeste label éditorial porté par une association loi de 1901.

Fondé à Paris, début 2020, sur un coup de tête mûrement réfléchi, il entend publier des textes littéraires traduits du portugais et de l’espagnol, principalement américains, potentiellement de tous genres et de toutes époques, avec une prédilection pour les poésies et proses d’avant-garde de la première moitié du XXe siècle, écrits rares et marginaux ou classiques négligés par le marché français, chefs-d’œuvre homologués ou textes dits mineurs — et que leur traducteur échoue, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, à faire accueillir chez les éditeurs ordinaires.

Il tracera donc sa “ligne” dans les marges de la production éditoriale courante, et son catalogue sera celui des “refusés”, ce filon.

C’est que l’époque tendrait à nous faire accroire que tout circule, que tous les produits culturels imaginables, désirables, sont forcément mis à disposition par la logique miraculeuse de la société de consommation. C’est évidemment le contraire qui est vrai.

Nonobstant un paysage éditorial remarquablement divers, animé, en dépit des logiques de concentration à l’œuvre, par de multiples petites maisons indépendantes et audacieuses qu’honore souvent une production originale et de grande qualité, bien des textes qui valent le détour se heurtent malgré tout aux préjugés, conventions et convenances de ce qui reste un marché sélectif, c’est-à-dire à la juxtaposition de lignes et de catalogues arbitraires qui constituent un tissu éditorial forcément incomplet, ménageant des interstices qui finissent par ressembler plutôt à des trous béants.

Aux critères propres, aux goûts et au bon plaisir, parfaitement légitimes, des uns et des autres, s’ajoute aussi une défiance presque généralisée pour toute démarche dite critique ou savante dans l’édition d’œuvres traduites pour la première fois, quand bien même il s’agit de textes patrimoniaux, reléguant ce soin à l’activité trop circonscrite des éditions universitaires ou scientifiques.

En pareilles circonstances, un traducteur qui n’entend pas répondre seulement à la commande et aux modes déterminant celle-ci, qui cherche et crée son objet à l’attention du lecteur inconnu, ne saurait se résoudre à remiser définitivement dans ses tiroirs des écrits non assimilés, si ce n'est inassimilables par le système, qui lui ont tapé dans l’œil et dont il a été, les traduisant, traversé, sensible qu’il est à leur nécessité particulière, fût-elle intempestive, inattendue, et à leur texture propre.

Porté par une subjectivité et non moins par des centres d’intérêt qui sont aussi, forcément, ceux de son temps et de sa culture, il ne se suppose pas singulier au point que l’objet de sa dilection ne soit susceptible d’être partagé par un certain nombre de ses semblables d’aujourd’hui et de demain.

Animé par une curiosité certaine, éventuellement pointue, s’adonnant volontiers à de patientes recherches autour des œuvres qui lui taquinent l’esprit, il considère que l’érudition n’est pas une offense faite au lecteur et qu’à côté du pur plaisir esthétique, ou du divertissement diversement durable, le savoir qui informe la réception des textes n’est pas un bien à réserver aux spécialistes. Et d’abord, il est ce lecteur même dont maints éditeurs prétendent lui faire un médiocre portrait, lamentable d’inappétence.

Prenant donc ses responsabilités, ce traducteur assumera désormais sa force de proposition à l’ombre de l’industrie éditoriale, fût-elle petite et indépendante, en adressant de lui-même aux curieux, cette foule, des textes choisis, s’imposant par eux-mêmes ou improbablement et à grand peine exhumés, et généralement servis par des éditions critiques soignées, dûment établies, annotées, documentées et présentées.

À l’enseigne minimale de L’oncle d’Amérique, ces textes paraîtront toujours hors collection, libres de quelque étiquetage que ce soit, formel ou thématique, et sans la mainmise éditoriale d’un format prédéfini, hors tout standard, dans des maquettes et graphismes en sympathie avec le caractère des éditions originales, quitte à approcher le fac-similé. Avec un soin apporté à l’objet, mais sans luxe excessif. Les tirages seront nécessairement modestes mais non pas limités, l'esprit clandestin voire fantomatique de la micro-édition étant contraire à la volonté de partage et de diffusion, même restreinte et alternative, d'un patrimoine littéraire.

S’il ne cherche pas à gagner de l’argent, L’oncle d’Amérique ne vise pas non plus à en perdre. En tant que structure associative à but non lucratif, il emploiera ses mirobolants bénéfices tout d’abord au financement des ouvrages futurs, éventuellement à la promotion et à la diffusion des titres déjà parus, produits forcément au compte-gouttes, cahin-caha.

L’oncle d’Amérique, d’ailleurs, ne craint pas de voir grand et il pourra très bien, de traducteur-éditeur, se muer finalement en une coopérative de traducteurs associés, s’émancipant même de sa limitation linguistique et culturelle première pour accueillir des contributions portées par tous les vents. Il sait que les bons manuscrits refusés ne manquent pas.

Il souhaite néanmoins ne pas avoir à se donner les moyens de constituer un catalogue pléthorique, ce qui serait, vraiment, très mauvais signe. Il ne sera pas mécontent non plus de pouvoir tout bonnement mettre un terme à ses activités philanthropiques, et de redonner toute sa place au marché, lequel devrait avoir horreur du vide.

Pour soutenir L’oncle d’Amérique, il est possible, tout d’abord, de prêter son concours à un heureux bouche-à-oreille ou à un ambitieux lobbying auprès des libraires, à la circulation des ouvrages, à l’organisation d’événements, etc. Il est aussi concevable de faire un don à l’association et de conforter ainsi ses capacités d’investissement.

Soyez chics, soyez snobs, distinguez-vous : lisez et faites lire les livres de L’oncle d’Amérique.

Paris, janvier 2020.

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