La critique de l’avant-veille (8)

Les critiques contemporains n’ont pas nécessairement le dernier mot, mais précisément parce qu’ils auront eu le premier, il est rarement vain d’aller voir ce qu’ils écrivirent en leur temps d’une œuvre devenue un classique, ou pas.

Huitième épisode de notre feuilleton critique autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado, avec une recension révélatrice par sa banalité même. Un article «trivial comme pas un», comme l’écrivit Alcântara Machado dans une lettre du 27 avril à l’ami Prudente de Morais Neto, qui préparait sa propre chronique.


Chronique littéraire

par

Laercio Prazeres


Les nouveaux credo littéraires qui ont en Marinetti leur Suprême Pontife ont trouvé à São Paulo, plus que dans tout autre État, un terrain pour leur développement.

Comme il arrive aux modes, qui deviennent plus scandaleuses à mesure qu’elles font leur chemin des couturières aux mannequins, avant de traverser l’Atlantique, et une fois ici subissant de nouvelles amputations et retouches, dans le modernisme également, à ses débuts, il s’est produit la même chose. Les novices, dans l’illusion qu’ils étaient seulement originaux, ont fini par être ridicules.

Avec le temps, toutefois, ils ont perfectionné leurs méthodes de composition, et ils peuvent aujourd’hui présenter des travaux vraiment intéressants, comme ce volume d’António de Alcântara Machado, Brás, Bexiga et Barra Funda — Informations de São Paulo.

C’est un livre de nouvelles, où il y a beaucoup d’observation, pas mal de talent et une vivacité extraordinaire.

Le naturel de la narration et des dialogues donne au lecteur l’impression d’entendre un causeur* vif et spontané, qui photographie situations et individus en ne pensant qu’à la fidélité de son récit, sans consacrer aux artifices du style une attention spéciale.

Et toutes les comédies, et les petits drames qui se déroulent dans les rues pauvres, où il y a des gamins qui jouent au football, qui donnent à leur propre enterrement une note claire et vibrante d’irrévérence, qui commentent les flirts des plus grands, ont une saveur de réalité telle que les plus graves « passéistes » sont forcés de la reconnaître et de l’applaudir.


Trad. A. C.


(Source : Laercio Prazeres, «Crônica literária» [extrait],

Gazeta de Notícias, Rio de Janeiro, 19 avril, p. 2.)